Bonus d’XP !

Salut à toi voyageur de l’espace !

Voici un article très intéressant qui peut te permettre, si tu t’en donnes les moyens, de gagner de l’expérience pour accéder au niveau supérieur. Lequel me diras-tu ? LE niveau supérieur ! LE vrai ! Celui de la vraie vie de tous les jours autour de la table de JdR. C’est là tout l’intérêt : cette expérience ne sera pas fictive, tu pourras réellement la toucher et t’en resservir sur tous les jeux auxquels tu joueras et avec tous les autres joueurs ou joueuses que tu rencontreras.

Sinon, si tu as d’autres priorités rôlistiques ou autres, ne t’embête pas à lire la suite. Non vraiment, j’insiste : ne lis pas la suite. Mets plutôt le paquet dessus et amuse-toi bien ! De toute façon, on se reverra plus tard 🙂

__don_t_you_feel_lonely_sometimes____by_spinoza1996-d8ie6jjPeut-on progresser en tant que joueur de JdR ?

Ça n’a pas été tout seul. Le club de twirling bâton voulait récupérer le créneau pour ses répèt’ et le comité « hygiène et sécurité » nous a fait refaire toute la tuyauterie des vestiaires. Mais voilà, le gymnase a été ouvert hier et on va pouvoir commencer les entrainements. Je te montre le matériel et les locaux, à toi de voir si tu passes aux inscriptions. En tout cas, bienvenue à l’inauguration.

Le gymnase est un lieu dédié aux joueurs et aux joueuses qui voudrait s’entrainer et progresser en jeu de rôle. Quand j’ai voulu progresser dans ma propre pratique du JdR, on m’a suggéré de passer à la maitrise ou à l’écriture d’un jeu. Ici, ça n’est pas exactement l’esprit. Dans le gymnase, le stade au-delà de la joueuse lambda, c’est la bonne voire l’excellente joueuse.

En finir avec notre réputation de moules

Je ne vais pas te mentir, notre cote est au plus bas. Notre réputation de moules ou de caractériels nous précède. Nous sommes connus pour minimaxer en dépit du bon sens, pour ruiner les scénarios ou les préparations les plus géniales, ne rien piger ou piger trop vite, ne pas jouer le jeu … . Nous sommes les cauchemars des MJ et les préoccupations angoissées des auteurs de mécaniques ludiques. Nous sommes ces morceaux bruts d’individualisme forcené, de frustration en puissance et de consommation avide, posée autour de la table en attendant la becquée … . Bref, les outsiders du championnat.
Et il faut bien reconnaitre que nous avons tous fais des bourdes à la table, la plupart du temps par maladresse ou en toute bonne foi, parce que nous pensions que c’était ça, jouer au jeu de rôle, ou que nous faisions ce qu’on attendait de nous.
Je suis une fervente partisane du pouvoir aux joueurs et aux joueuses. J’ai filé des tracts dans la rue pour qu’on nous laisse assumer une responsabilité plus grande sur nos parties. J’ai posé des affiches à 5h du mat’ pour qu’on nous fasse confiance. J’ai fait des happenings dans les centres commerciaux pour qu’on joue avec nous et pas contre nous … . Mais il faut regarder la vérité en face : on a deux ou trois truc à prouver avant qu’on nous prenne au sérieux quand on demande si on peut progresser en jeu de rôle.

Progresser n’est pas une obligation

Le gymnase n’est pas un service rôliste obligatoire. Je comprends tout à fait qu’on puisse prendre plaisir à s’asseoir à la table et à jouer, se défouler, se détendre, passer un bon moment entre amis … . Je veux dire, c’est exactement comme ça que moi je pratique le football, par exemple.
En général, « faire un foot » consiste pour moi à enlever mes chaussures et à gesticuler sur le terrain en criant avec enthousiasme : « La passe ! La passe ! ». Des fois, totalement par hasard, je me retrouve avec le ballon, il m’arrive même de marquer un but sans le faire exprès. Mais, mon plaisir, c’est avant tout de courir avec les autres, de me sentir partie intégrante de l’équipe, de surjouer l’arrogance de la victoire ou l’amertume de la défaite à la fin du match, sachant très bien que je n’y suis pour rien, dans un cas comme dans l’autre. Enfin, surtout en cas de victoire.
Je ne compte pas m’entrainer au foot. Je ne compte pas progresser dans ma pratique du foot, apprendre à maitriser un ballon, à développer mon endurance ou mon souffle, ni même à courir sans que mes genoux se cognent. J’y trouve déjà mon plaisir comme ça, et ça me convient très bien.
Mais ma propre désinvolture vis-à-vis du football n’empêche pas qu’il existe une autre pratique qui fait la part belle à la progression des joueurs : celle où on s’entraine plusieurs fois par semaine, qu’il vente ou qu’il pleuve ; où on fait des tours de terrain et des abdos ; où on peaufine des stratégies en équipe ; où on s’investit à fond et on se dépasse soi-même. Et je ne parle pas des matchs tous les dimanches. Cette pratique-là, elle procure un autre genre de plaisir, c’est complètement différent.
C’est ce plaisir que je recherche en jeu de rôle. Mais, si la récompense est incomparable, elle a un cout assez lourd qui se paie en efforts. Je préfère prévenir avant que tu règles ta cotise.

night_street_by_rhysgriffiths-d75umqsRevoir l’objectif : vers un jeu collectif

Je ne te tromperai pas non plus sur la proposition : en préparant les sessions d’entrainement, on a légèrement redéfini les qualités propres à un bon joueur ou une bonne joueuse. On a mis de côté l’astuce, le roleplay, l’imagination, la créativité … même si ce sont des qualités personnelles que nous admirons tous chez les autres et qui procure une reconnaissance immédiate à la table. Mais d’une part, elles ne garantissent pas forcément la qualité générale de la partie, d’autre part elles peuvent même devenir carrément pénibles pour la table.
Je veux dire, ce roleplay de comédien pro, il est classe, c’est vrai, mais est-ce qu’il laisse suffisamment de place aux autres joueurs pour en placer une ? Cette astuce de fou en investigation, c’est impressionnant, certes, mais si c’est pour démonter toutes les ficelles du scénario à la table, où est le plaisir de jouer ? Et cette créativité débordante et vive qui fait que tout le monde se demande mais-où-va-t-il-chercher-tout-ça, c’est super chouette, mais enfin est-ce que tu ne serais pas un peu fatiguant ? (Je pose juste la question).
En revanche, on a décidé de mettre la gomme sur le collectif. Parce que nous avons tous tendance à oublier à un moment ou à un autre qu’on n’est pas tout seul avec son perso, mais qu’on joue avant tout avec les autres à la table. Et le collectif, ça n’est inné pour personne. C’est même une notion de moins en moins évidente dans la vraie vie. Raison de plus pour faire le cœur de l’entrainement : on va revenir aux fondamentaux, on va progresser en équipe, on va travailler ça.
On essaie de développer un « jouer ensemble » à base de qualités humaines basiques mais efficaces : la principale étant l’écoute, les suivantes étant les capacités à concéder, à donner à voir et à s’adapter. Dans ce gymnase, le « bon jeu », tient plus de l’attitude à la table que de ce que tu pourras produire dans la fiction. Mais si ça peut te rassurer, ce n’est pas totalement désintéressé non plus : plus les joueurs s’appuient sur le « jouer ensemble », plus la fiction collective a de la gueule.

Par où on commence ?

En dehors du gymnase, si tu veux améliorer ta cote avant un combat, je te conseille de trouver un coach. Mais rappelle-toi que les joueurs sont des moules. Ça veut dire que, pour qu’un coach accepte de t’entrainer, il va falloir donner des garanties.
Personnellement, avant de proposer le job à mon MJ ou à un joueur plus expérimenté, j’ai amorcé un dialogue : j’ai commencé par faire des retours à la fin des parties, pour dire ce que j’ai aimé ou pas, les moments où j’ai été un peu paumée, demander des conseils. J’ai prouvé que je m’intéressais, que j’étais ouverte à la discussion, et que je pouvais entendre des remarques négatives.
Et quand mon mentor a pris le job, je l’ai vraiment reconnu pour coach : s’il me dit de remonter ma garde, je remonte ma garde, s’il me dit de faire gaffe à mes jambes, je fais gaffe à mes jambes.
D’ailleurs, c’est lui qui m’a indiqué comment poursuivre le débriefe dans les vestiaires (c’est une métaphore garde ton calme) : sans aller jusqu’à la théorie niveau universitaire en psycho, socio ou philo, il faut reconnaitre que le net déborde d’infos sur le jeu de rôle. Les forums y sont encore actifs, les podcasts et les blogs pullulent. Certes, la plupart des échanges ne nous concernent pas comme joueurs. Mais, d’une part, c’est en train de changer, nous pouvons nous approprier certaines pratiques de MJ qui sont connexes avec la nôtre : création et mise en scène des PNJ, réflexion sur l’immersion et le roleplay (DaftFlo : si vous souhaitez des liens, envoyer moi un MP).

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Cardio, muscu, sparring

Le cardio-training : Contrairement aux apparences, ce gymnase n’a rien d’un fight-club. Les règles de base à une table de JdR sont strictement les mêmes que dans la vraie vie, notamment dès qu’il s’agit de communiquer, écouter, s’exprimer, gérer son ego, concéder, faire attention aux autres, comprendre un point de vue différent, etc. Bref, être un adulte avec une certaine maturité émotionnelle. Je pourrais ajouter ne pas piquer une crise à la moindre frustration, savoir dire posément ce qui ne va pas et comment on peut l’arranger, savoir se remettre en question, etc.
Nous nous entrainons à ça tous les jours, que ce soit dans notre couple, notre boulot, nos interactions quotidiennes avec les vrais gens. Si ce n’est pas le cas, je me permets de te conseiller de t’y mettre rapidement pour le bien-être de ton entourage. Et ci s’est bien le cas, réinvestis cette expérience à la table ! C’est de ça qu’on a besoin en jeu avant tout. Et fais gaffe à tes jambes.

La muscu : l’imagination est un muscle : plus on la sollicite, plus elle se développe, mais, si on ne s’en sert pas, elle s’atrophie. Les MJ sont au courant, parce que se documenter fait partie de leur job. On a juste oublié de nous prévenir que ça pouvait faire partie de notre boulot à nous aussi. Nourrir son imagination, c’est utile et rarement désagréable : lis, va au ciné, regarde des séries, va voir des expos, du théâtre. Arrête-toi sur une scène, un personnage ou une émotion que tu aurais envie de réinvestir en jeu.

Le sparring : Progresser tout seul n’est pas suffisant. Il y a des aspects qu’on ne peut développer qu’en commun : la confiance, l’esprit d’équipe, le jouer ensemble. Dans le gymnase, la progression d’un joueur ou d’une joueuse passe par celle de la table entière, MJ compris.

Les jeux dits forgiens ou indie sont un excellent exercice d’entrainement collectif. Ils nous invitent à essayer d’autres façons de jouer (une par jeu, en réalité). On peut aimer ou pas, ce n’est pas tellement la question. La question serait plutôt : est-ce que l’expérience en vaut la peine ? Pour moi, c’est oui, définitivement. Ces jeux ont bousculé des lignes que je croyais inamovibles : la répartition des responsabilités à la table, une narration plus ou moins partagée, un thème et un cadre forts, des règles sécurisantes pour aborder un thème casse-gueule (intimité, drame, dilemme moral, etc). Ils ont permis aux joueurs de ma table de se souder et de trouver une note commune, en invitant tout le monde à se situer et exprimer ses limites. De retour sur nos campagnes habituelles de Bloodlust, Eclipse Phase ou Chroniques Oubliées, nous avons tous essayé de mettre à profit ces expériences. Et ça a marché.

tree_swing_by_t1na-d78qoccUn parcours de joueuse

En associant lectures théoriques et pratiques de jeu forgiens entre mes campagnes classiques, je me suis forgée un parcours de joueuse. Ce que j’appelle un parcours, c’est un ensemble déclics qui font qu’aujourd’hui que je ne joue plus comme avant, et qu’il n’y a pas de retour en arrière possible. C’est ce que j’appelle progresser. Aujourd’hui, quand je me retourne sur mon parcours de joueuse, je vois que j’ai déjà fait un bout de chemin et que ça valait largement le coup. Mais il m’en reste à faire.

Maintenant, à toi de voir si tu nous rejoins pour l’entrainement. Si ça te tente, tu peux mettre ton nom sur un casier et voir si tu trouves un maillot à ta taille. Et tu peux faire passer le mot, le gymnase est ouvert.

_Eugénie Crapougnats – Didier Guisérix

 

DaftFlo : “je remercie personnellement Eugénie (https://jenesuispasmjmais.wordpress.com/) et Tête Brulée (Casus Belli) pour leur réponse et pour avoir autorisé la diffusion de cet article issue du magazine n°17 de Casus Belli.”