Comment l’utiliser facilement dans une partie à thème horrifique ?
Un article de TheGreen
Disclaimers : Certaines personnes sont sensibles au bruit, à la musique et au droning présents dans les mélodies, n’hésitez pas à vérifier avec les personnes à la table si cela leur convient avant de lancer ou à arrêter le son si quelqu’un est gêné.
Les playlists sont sur Spotify parce que je l’utilise depuis très longtemps et je n’ai pas la motivation de migrer vers une autre plateforme.

La musique fait partie intégrante de nos loisirs et de nos médias. Que ce soit celle qui change brusquement et fait monter la tension pendant l’arrivée du boss de fin dans un jeu vidéo ou encore le thème qui revient encore et encore et se développe au fur et à mesure d’un film pour accompagner un personnage en particulier et son évolution. Est-ce que ces œuvres seraient aussi engageantes sans leur musique ? Probablement pas. Qu’est-ce qu’elle peut apporter à nos tables et comment s’en sortir sans avoir à mettre en place une installation de DJ d’Ibiza et sans passer des heures à créer puis fouiller des playlists pour trouver LA musique ?
À travers mes expérimentations et étant un flemmard notoire, j’ai développé non pas une, mais deux playlists est une technique pour les utiliser lors de parties de JDR horrifique et j’ai envie aujourd’hui d’explorer le pourquoi et le comment est-ce que cela apporte ce petit plus à la table. Mon objectif avec cet article c’est aussi de vous livrer clé en main ces playlists et une méthode pour que vous puissiez mettre ça en place à votre table sans vous prendre la tête. Au fur et à mesure de l’article j’entends exposer ce que ces playlists m’apportent en tant que MJ et joueur. Si vous n’êtes intéressés que par les playlists, vous les trouverez en toute fin d’article 😊.
Je le dis également tout de suite, je trouve que c’est encore mieux de préparer sa playlist aux petits ognons et de la faire coller parfaitement à la partie. Ce que je discute ici n’est pas pour moi la solution idéale, mais le meilleur compromis que j’ai trouvé entre minimum de préparation et d’entretien en jeu et maximum d’effet. Si vous avez le courage de choisir chaque morceau un par un pour vos parties, je vous admire et vous n’avez peut-être pas d’utilité pour cette méthode.
Les petits plus de la Musique :
Lorsque je meujeute une partie, si les conditions s’y prêtent, je peux entrer dans ma Zone, cet état de flux et d’hyperconcentration qui fait la différence.
Une des vertus de la musique pour moi est qu’elle m’aide énormément à entrer dans cet état et à le maintenir de plusieurs façons. Et à l’inverse, le fait d’être dans la Zone m’aide considérablement à tirer un maximum parti de la musique dans une boucle positive qui me permet de maintenir mon énergie et ma concentration tout au long du jeu.
J’ai discuté avec des gens qui ont joué avec moi et ces playlists en fond, de ces conversations et de mes observations personnelles, voilà ce que je retiens :
D’abord, la musique pose aussitôt une ambiance et un cadre qui peuvent limiter les dérives quand les gens font de l’humour en plein milieu d’une scène super intense. Limiter, mais pas empêcher, de toute façon c’est sain de parfois relâcher la pression en sortant du cadre pour mieux y revenir, on vient souvent jouer pour ça aussi et c’est souvent très drôle, mais la musique peut aider à se remettre plus rapidement dans l’ambiance après une bonne blague ou une digression.
La musique amène également un certain rythme. Essayez pour voir de lancer une musique en fond et de parler ou même de lire quelque chose, puis consciemment ou pas de calquer le rythme de votre discours sur celui de la musique. Il peut alors se passer plusieurs choses, toutes bénéfiques. En premier lieu, cela va apporter des pauses qui vont vous permettre de réfléchir à ce que vous êtes en train de dire sans retirer à l’intensité de la scène, au contraire. En second lieu, ce rythme décalé, peu naturel, permet de focaliser l’attention de vos joueurs.ses sur deux choses : votre voix et la musique elle-même.
Et justement une autre chose qu’elle fait très bien, c’est de provoquer et/ou amplifier des émotions. On le voit très bien dans d’autres médias, on a tous vu des vidéos Tik Tok larmoyantes avec une musique tragique et des images choc, ou vécu la mort d’un personnage important dans un jeu vidéo et la scène dramatique des conséquences sur le reste du groupe sur fond de musique triste. Cela fonctionne pareil en JDR. Certaines structures de musiques vont être liées à certaines émotions et le contexte va s’en emparer et décupler ce sentiment. Reconnaitre l’émotion provoquée par une musique et s’en servir pour agrémenter une scène particulière est pour moi une des clés de l’utilisation de la musique dans le JDR.
Ensuite, une autre chose, peut-être plus personnelle, c’est l’inspiration. Entre le rythme qui me donne le temps et les émotions véhiculées par la musique, j’ai pu constater que les idées semblaient me venir plus facilement et être aussitôt influencées par elle, en particulier dans tout ce qui va être une description et parfois également dans le comportement des PNJ. Par exemple, une joueuse avait rencontré une créature à l’aspect horrible et aux desseins inconnus, alors la musique était calme. La créature a donc également réagi avec une tranquillité plutôt glaçante et qui a entretenu le doute et la tension. C’est peut-être différent pour vous, mais si vous êtes aussi capables de puiser sur le moment l’inspiration dans l’ambiance musicale, ça peut devenir un outil très puissant pour booster votre habileté à improviser.
Autrement la musique peut aussi créer un sentiment d’anticipation, alors que la scène est pour l’instant d’allure calme, la musique qui s’intensifie peut signifier à la table que quelque chose va se produire, le contraste peut être saisissant.
La dernière chose pour moi, c’est que la musique peut permettre de faire varier l’intensité d’une scène. Car la plupart des musiques dans les playlists que je vous propose ont une structure similaire. Lorsque le morceau monte en puissance ou au contraire redescend, il peut être plus facile de jouer avec et de calquer l’intensité de la narration sur la musique.

Playlists toutes prêtes, mode d’emploi :
Je vous propose 2 playlists qui se ressemblent, parfois se croisent, mais ont quelques petites différences.
La playlist Horreur qui propose surtout des morceaux oppressants qui ont tendance à monter en intensité.
La playlist Enquête neutre qui a des morceaux aussi angoissants, mais plus homogènes et moins intenses.
Ces playlists sont nées d’abord de la préparation d’une partie de découverte de l’Appel de Cthulhu où je voulais des morceaux qui collent parfaitement à chaque scène.
Après ça j’ai voulu les réutiliser pour une autre partie d’ADC sans me prendre la tête, alors j’ai lancé la playlist et je l’ai oublié pour me concentrer sur le jeu. Là j’ai constaté plusieurs choses :
Dans la majorité des scènes, on avait les effets positifs de la musique décrits ci-dessus (concentration, ambiance, rythme, émotions, inspiration, anticipation, intensité), sans avoir eu à choisir le morceau spécifiquement pour la scène.
Les musiques peuvent s’enchainer en fond sans que j’aie besoin de les piloter.
À plusieurs moments, quelque chose de magique se produisait : soudain le rythme de la narration, la situation, collait parfaitement à la musique en train de passer, comme si ça avait été fait exprès. Et je pense que c’est possible grâce à ce que je vais décrire maintenant.
Une structure bien rodée, oubliée quand elle n’est pas pertinente, vibrante quand elle l’est.
Je ne suis pas musicologue, je vais décrire ici mes impressions.
La plupart de ces morceaux suivent une structure simple, classique, mais redoutablement efficace avec un début plutôt doux, une montée en intensité puis une redescente. Voilà, rien d’original.
Mais ce que cette structure et ces deux playlists d’intensité différente me permettent c’est :
De lancer la playlist en début de partie et de ne pratiquement pas y toucher pendant la partie pour me concentrer sur le jeu.
D’avoir en toile de fond une musique qui donne le ton et qui dit tout de suite si on est dans une phase calme, mais inquiétante, ou déjà bien dans l’horreur.
De créer organiquement, par le biais du hasard aidé par le caractère répétitif du motif des musiques, des moments incroyables où la musique colle soudain à merveille avec la narration et vice versa. Statistiquement cela va arriver 1 à 3 fois par partie environ, parfois plus, parfois pas. Mais ces moments sont très impactant.
De savoir me repérer sur un morceau s’il en est à une phase ascendante de l’intensité, alors quand je m’en rends compte que la situation le permet, je peux caler mon rythme de parole sur la musique, en sachant le motif qu’il y a derrière.
Lorsque la musique n’est pas adaptée à la scène, elle est généralement neutre et discrète pour ne pas perturber la scène et si c’est le cas vous pouvez sans effort baisser le volume et le remettre dès que ça s’y prête à nouveau. Mais d’une manière générale sur une partie de JDR horrifique on a souvent une tension permanente en toile de fond y compris pendant les moments en apparence plus calmes, donc il est rare que ces musiques détonnent vraiment complètement, car justement ça peut permettre d’apporter de la normalité contrastée par le rappel musical.
Un exemple de scène où la musique est venue par hasard sublimer le jeu.
Imaginez : La musique est inquiétante, mais calme.
Vous êtes perdu.e dans un désert inconnu, la seule chose que vous pouvez voir c’est une procession étrange d’humains qui semblent venir se prosterner devant une créature immense à tête de chacal, certains sont emportés par une porte et des cris ininterrompus viennent de derrière, d’autres passent volontairement une autre porte.
Vous approchez et rejoignez la procession. Les gens ont l’air faibles, malades, dénutris, blessés, la file avance, la musique commence à grimper en intensité.
C’est votre tour, la créature d’adresse à vous, calmement.
« Vous… n’êtes pas censé être ici. Que voulez-vous ? »
Vous voulez rentrer chez vous.
« Voilà un souhait étonnamment simple, mais… » la créature se redresse et vous domine de toute sa taille, un long doigt fin, sombre et griffu vient se poser sur votre poitrine qui s’illumine, la musique atteint son paroxysme « Le prix à payer n’en est pas moins élevé. Vous allez rentrer, mais pas en entier… ». La musique marque une pause, la narration également.
La musique reprend doucement « Tu te réveilles dans ton lit ».
Cette scène (un poil remanié et forcément moins intense à la lecture sans la musique haha) s’est produite en partie il y a 3 ans, j’en frissonne encore quand j’y repense.
Pourquoi spécifiquement de l’horrifique ? Pourquoi pas une playlist pour D&D ou pour du Cyberpunk ?
Eh bien j’ai essayé, j’ai trouvé ça plus difficile parce que l’horrifique a l’avantage de se concentrer sur des émotions qui sont souvent connectées et, bien que différentes, amplifiées par la même musique.
Là où les autres genres vont être moins homogènes, donc c’est plus difficile de trouver une recette qu’on peut laisser tourner en fond et oublier. Ce n’est pas impossible, il y a des musiques d’ambiance de pleines de genres différents, je n’ai jamais retrouvé les mêmes sensations qu’avec l’épouvante.
En résumé :
La musique permet d’apporter concentration, ambiance, rythme, émotions, inspiration, anticipation et intensité.
C’est toujours intéressant de fignoler sa playlist pour qu’elle colle à votre vision. Mais on peut ne pas avoir le temps ni la motivation pour le faire.
Dans ces cas-là, je vous invite à tester ces playlists, écouter quelques morceaux pour intégrer le motif et pouvoir vous y accrocher en partie.
Tout le monde ne va pas se concentrer sur la musique en même temps, mais elle sera là en fond chaque fois que quelqu’un y sera réceptif.
Ma méthode : lancer la playlist adaptée, la laisser tourner en fond sans y toucher. Et quand les étoiles s’alignent, me caler dessus pour amplifier les effets positifs sur le moment pour parfois créer des moments mémorables.
À noter : la playlist d’horreur contient deux morceaux qui détonnent avec le reste, le 45 (Stranded light, de la BO du film The Lighthouse) qui démarre très fort, se calme assez brutalement puis remonte très fort en intensité avant de redescendre et le 20 (I am the Chorus of Screams ! de la BO d’outlast 2) qui est une musique de course poursuite. Vous pouvez les retirer, ou les skipper quand elles se lancent.
Voici mes playlists, j’essaie d’ajouter des morceaux au fur et à mesure (sur Spotify parce que flemme de les refaire ailleurs) :
LIGUE LUDIQUE l'aventure à portée de table