Sans cœur, une plongée dans la dark fantasy gothique

Kécecé ? (by Saphie)

Créé par Julien Pirou, ancien scénariste chez Ubisoft et auteur de Lore & Legacy, ce projet quitte la science-fantasy auquel il nous a habitué, pour explorer une version gothique et mortifère de la légende arthurienne

L’idée est née autour de 2022 : en ressassant des œuvres marquantes tel queDark Souls, Castlevania, Hexen ou Diablo, Pirou avait senti l’envie d’un jeu où la mort est vécue comme une étape, non une fin : les joueurs et joueuses interprètent des Héros décédés, dont l’âme est encore coincée entre l’éden et l’enfer.

Leur objectif est simple : aller au paradis. Mais pour cela, ils doivent devenir meilleurs, mais aussi répondre aux supplications des mortels. En effet, les protagonistes s’incarnent sur terre les nuits de pleines lunes lorsque qu’une prière adressée dans le plus grand désespoir.

Les personnages apparaissent dans des temples d’une déesse oubliée, déjà équipés et avec une allure qui correspond à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Une fois invoqués, ils doivent découvrir pourquoi ils sont là et n’ont qu’une nuit (3 si le Mj veut jouer une campagne), pour traquer et occire un monstre, sauver des enfants, ou encore résoudre une enquête, etc.

C’est très court ! Et c’est aussi pourquoi le jeu dispose d’outil comme des cartes et calendrier : le temps file et fait partie du gameplay.

En mode campagne, ce système est contraignant, mais il propose son lot d’originalité : comment créer une rébellion qui perdure dans le temps, en l’absence des PJ, contre le tyran Trahearn qui a livré le royaume aux démons ? À qui confier les artéfacts trouvés pendant les quêtes pour les retrouver ensuite (car oui, vous ne pouvez pas partir avec dans les abimes, seul votre équipement de base vous est lié dans la mort). Quid des familles des défunts ? Que sont-elles devenues ? Combien de temps passe entre chaque invocation ? Etc.

Univers & ambiance

Sans Cœur prend place sur une Europe alternative, au cœur du royaume d’Éridien, en pleine corruption infernale. Le roi Trahearn a pactisé avec des forces démoniaques, plongeant tout le royaume dans la ruine et le désespoir. Les joueurs incarnent des Sans Cœurs : champions revenus des morts, insensible à la douleur, à la faim, soif, et fatigue, et sont animés par une flamme surnaturelle : l’Incandescence, qui agit comme une arme et détermine le temps qu’il leur reste (une fois à 0, le Sans cœur retourne à l’abîme)

Ce jeu s’inscrit dans la dark fantasy gothique, nous rappelant les univers de Ravenloft, Berserk, Elric ou encore Hellboy, avec une dimension d’exploration stratégique (carte en hexagones) et un objectif clair : atteindre Caer Siddi, la citadelle maléfique, en trois jours et nuits, délai imposé par l’incarnation éphémère des héros. Et qui dit dark fantasy, dit univers avec des thématiques sombres et des ennemis pouvant être plus que moralement douteux… âme sensibles s’abstenir. Mais rassurez-vous : les protagonistes incarnent l’espoir, il n’est pas attendu d’eux de réaliser des actes répréhensibles. On est là pour botter le cul du mal incarné !

L’inspiration principale vient de Dark Souls, mais Pirou s’en démarque par sa narration, ses mécaniques, mais également des personnages invincible, uniquement vulnérable au temps et à leur propre égo. Il puise également dans des œuvres classiques comme Castlevania, Hexen, sans renoncer aux influences littéraires comme Shakespeare (Macbeth figure même en épigraphe).

L’ambiance est visuellement riche : couverture signée Julien Delval, illustrations de Goran Gligović, Jami Moravetz et autres, dominées par un style gothique, médiéval et horrifique. Il existe également une bande‑son signée Benoît Vanhoffelen, à l’instar des autres projets d’Empyreal, mais je n’ai pas prit le temps de l’écouter.

Système de jeu : le moteur 3d

Celleux qui me connaissent en tant que MJ savent que j’ai horreur des moteurs complexes, où qui ralentissent la narration.

Le système repose sur le Moteur 3d, déjà utilisé dans Lore & Legacy. Ce système utilise trois dés : d6, d8 et d10. Les jets d’action se font avec 1d10 + compétence ou 1d6 + attribut. Les d8 interviennent pour les dégâts ou effets magiques. Les résultats sont comparés à un seuil de difficulté (6–18), avec succès partiel, plein ou critique. Et voilà ! J’aime quand c’est simple.

Il y a toutefois des subtilités :

  • Dés de fortune/adversité, influençant le résultat du jet (voyez ceci comme un dés bonus qui s’additionne, ou à l’inverse, un dés malus qui va se soustraire à votre résultat).
  • Incandescence : réserve de vie et d’énergie qui remonte avec l’Essence collectée.
  • Essence, ressource consumable pour améliorer capacités, concocter potions, ouvrir des portails pour gagner du temps de voyage, ou recharger l’incandescence (sorte de points d’expérience, mais à consommer de suite car ils disparaissent une fois de retour dans l’abime).
  • Faiblesses élémentaires à infliger sur vos ennemis.

Ces éléments ajoute de la tension et de la stratégie.

Que se passe-t-il si l’Incandescence arrive à sa fin, ou si le temps imparti est écoulé ?

  • Temps écoulé : L’existence d’un Sans Cœur est limitée à une période équivalente à la fête celtique de Samhain – trois jours et trois nuits. Passé ce délai, la flamme s’éteint, le corps s’évapore, l’âme retourne à l’abime.
  • Incandescence à 0 : la résurrection possible, mais coûteuse. Un personnage ramené ne peut pas dépasser le délai imposé par l’invocation. Il est donc possible de revenir mais uniquement lors du Samhain ou dans la même nuit
  • Dans tout les cas, l’équipement est laissé et doit être récupéré l’année suivante via des alliés mortels.

Ainsi, la mort n’est pas finale, mais elle grève le temps disponible, c’est la ressource la plus critique du jeu.

Le bouquin

La version de base du livre (≈ 306 pages, papier ou PDF) inclut :

  • Règles complètes du Moteur 3d (pratique, pas besoin d’acheter un supplément dédié).
  • Une trentaine de capacités et sorts.
  • Un bestiaire d’environ 60 créatures (avec des illustrations très intéressantes, j’adore).
  • Trois scénarios d’une nuit (testé et approuvé : de parfaits oneshot)
  • Six personnages prétirés (pdf gratuit pour imprimer dispo sur le site d’Empyreal)

De plus, l’éditeur propose aides de jeu, écran du MJ, musique et autres outils via la boutique Empyreal ou plateformes comme Itch.io, DriveThruRPG.

Même si le livre est magnifique (DA, mise en page, illustrations), j’ai un gros bémol à apporter à la version physique : les pages de décollent avec l’usage, malheureusement, j’ai du recourir à du scotch pour éviter de perdre des feuilles :'(

Ci-dessous feuilletage du livre par Pirou lui-même.

Récompenses & accueil critique

En mai 2025, Sans Cœur a remporté le Grog d’Or ! Avouez, c’est stylé.

Le futur du jeu

Sans Cœur pourrait avoir des extensions : Pirou en a laissé la possibilité ouverte dans plusieurs interview que j’ai pu lire (vous aurez toutes les sources en bas de l’article). Mais pour l’heure, en 2025, aucun contenus additionnel n’est sorti.

Conclusion

Sans Cœur révèle une dark fantasy gothique cohérente, bien pensée et immersive. Son originalité :

  • Une mécanique de mort non définitive, mais soumise à une contrainte temporelle sévère.
  • Un système fluide, pas trop lourd.
  • Un univers visuel et dramatique travaillé avec des illustrations originales, dans le ton, et une bande‑son dédiée.
  • Un succès notable (Grog d’Or), confirmant la qualité d’un JdR indépendant et ça fait plaisir.

Sources :